À l’occasion du Mois de l’histoire des Noir(e)s, nous vous proposons d’apprendre à (mieux) connaître quelques membres afro-descendants de la communauté ITHQuoise à travers des entrevues. Pour lire la première série d’entrevues, cliquez ici.
Le Mois de l’histoire des Noir(e)s nous permet, chaque mois de février, de se commémorer l’histoire de la diaspora africaine, de souligner la contribution de ses membres, de s’éduquer, de réfléchir, de dialoguer, mais aussi de célébrer!
Ella-Stella Inamuco, étudiante en techniques de tourisme et auxiliaire de recherche chez ExpériSens

Peux-tu me parler de tes origines?
Je suis originaire du Burundi en Afrique de l’Est, née en Tanzanie dans un camp de réfugiés durant la guerre civile burundaise. Si on me demande d’où je viens, je dis que je suis Burundaise.
Pour toi, qu’est-ce que ça signifie, être Burundaise?
Je suis Burundaise parce que c’est la culture de mes parents, celle qu’ils m’ont transmise et dont ils sont fiers. Ce sont mes racines et elles définissent une partie importante de mon identité. C’est comme un cordon ombilical, qui peu importe à quel point je m’éloigne, me connectera à mes terres ancestrales.
Je suis Burundaise parce que mon premier mot était inyāma (viande). Je suis Burundaise, parce qu’en tant qu’aînée, mon nom de famille est différent de celui de mes parents; parce que j’ai un front saillant; parce que, quand j’entends quelqu’un parler dans l’accent de ma mère, je me sens comme à la maison.
Qu’est-ce que tu aimerais que les gens sachent sur ta culture?
On peut toujours compter sur un Burundais pour apporter l’ambiance à la fête! Fait intéressant: le Burundi est parfois surnommé le «cœur de l’Afrique» parce que le Nil (le fleuve) prend source dans ce pays.
Qu’est-ce que ça représente pour toi, le Mois de l’histoire des Noirs?
C’est un moment pour célébrer et se rappeler de la contribution importante des personnes afrodescendantes à notre société. Ce mois nous permet de surtout ne pas oublier notre histoire commune afin de pouvoir guérir et fortifier notre empathie les uns envers les autres.
Est-ce qu’il y a des personnalités marquantes que tu aimerais nous faire connaitre, et pourquoi?
- Remesha Drums est une troupe de performeurs tambourineurs traditionnels burundais basée à Ottawa. L’art des tambourineurs royaux du Burundi va au-delà de la musique : il s’agit de rythmes qui emportent le corps dans des acrobaties explosives et des rictus étonnants. En tant que spectateur, il s’agit d’un moment d’immersion qui fait vibrer les os.
- Une collagiste analogique du nom de @ohciseaux sur Instagram. Elle crée des tableaux minimalistes qui véhiculent des idées fortes. De plus, son art souligne que tout art fait par une personne noire n’a pas toujours besoin de traiter de souffrance ou d’exclusion.
- Une artiste d’art abstrait du nom de NLIE basée à Montréal. Je souhaite la mentionner parce que ses origines burundaises occupent une part centrale de sa création. Je souhaite un jour être capable d’entrer en discussion ouverte avec mon identité comme elle le fait si habilement. Il est possible de suivre ses créations sur Instagram : @nlie.aki.
As-tu un film, un livre ou un documentaire à nous recommander?
Petit pays par Gaël Faye, un roman publié en 2016, inspiré de l’enfance d’un enfant franco-rwandais au Burundi durant les années 90. Je pense que c’est une belle introduction aux réalités sociopolitiques qui habitent encore le Burundi à ce jour.
Les bonnes adresses de Ella-Stella pour casser la croûte :
- Le Burundi cultive un excellent café qui peut, entre autres, être retrouvé au Café Saint-Henri et au café Pista!
- Le Botocoin (3881, rue Rachel Est) est une pâtisserie ouest-africaine près de la station Pie-IX. Ils font de savoureux petits beignets qui goûtent exactement comme ceux de mon enfance. N.B. Ce commerce est fermé temporairement.
- Allez au Mémé Traiteur (323, rue Chabanel Ouest) situé dans la Cité de la Mode afin d’encourager une restauratrice qui sert des plats typiquement burundais.
Marie-Flore Dérival, technicienne en administration à la Direction de la formation universitaire et de la recherche

Peux-tu me parler de tes origines?
Je suis d’origine haïtienne de deuxième génération. Mon père a immigré au Canada en 1971 et ma mère en 1981 d’Haïti. Je suis née et j’ai grandi à Montréal. Lorsque l’on m’aborde, je m’identifie comme étant une femme noire d’origine haïtienne étant née au Québec.
Pour toi, qu’est-ce que ça signifie, être une Haïtienne ayant grandi à Montréal?
Pour moi, être Haïtienne-Montréalaise, c’est vivre entre deux cultures. Je m’en suis rendu compte lors de mon voyage en Haïti : le choc culturel a été fort. Là‑bas, les gens prennent le temps de vivre, de se saluer, de manger ensemble. La communication est plus diplomate, on choisit ses mots. Ici, c’est plus direct, plus rapide, plus structuré. Naviguer entre ces deux mondes fait partie de qui je suis. Je porte la chaleur, le respect et la lenteur d’Haïti, tout en m’adaptant à la liberté d’expression et au rythme plus direct de ma terre d’accueil. C’est ce mélange qui fait que je suis Haïtienne.
Qu’est-ce que tu aimerais que les gens sachent sur ta culture?
Dans ma culture, la famille occupe une place centrale, et les dimanches lui sont entièrement réservés. Chez nous, la journée commence souvent avec du kompa, une tradition que ma mère utilisait pour nous transmettre le créole, notre langue du cœur, et que je tente de transmettre à mon tour à mes enfants.
Nous croyons profondément qu’il faut un village pour élever un enfant : toute la famille, et même les amis proches, participent à l’éducation des enfants. De la même façon, nous prenons soin de nos parents en les gardant près de nous. Cet esprit de communauté, de solidarité et d’entraide fait partie de notre identité.
La nourriture occupe aussi une place importante, particulièrement le riz, qui accompagne presque tous les repas. Il est à la fois un symbole de partage, de chaleur et de rassemblement.
En somme, ma culture est marquée par la musique, la famille, la communauté, la nourriture et la langue créole, qui ensemble façonnent un fort sentiment d’identité et de continuité.
Qu’est-ce que ça représente pour toi, le Mois de l’histoire des Noirs?
Ce mois me rappelle l’importance de connaitre l’histoire des Noirs. C’est une quête pour comprendre leur contribution à l’histoire contemporaine — celle qu’on n’a pas racontée, celle qui a été effacée ou ignorée. C’est aussi un rappel de leur influence, réelle et profonde, même si elle n’a pas toujours été reconnue.
As-tu un film, un livre ou un documentaire à nous recommander?
Le film I love you Anne et la série Gason Makòklen.
Est-ce qu’il y a autre chose que tu aimerais partager?
J’aimerais que tous sachent que la communauté noire fait pleinement partie de l’expérience québécoise. Sa contribution, riche et essentielle, devrait être célébrée pour sa diversité et pour l’impact majeur des communautés afrodescendantes.
Je souhaiterais aussi que ces conversations ne restent pas limitées au mois de février, mais qu’elles continuent d’inspirer des actions concrètes tout au long de l’année.
Les bonnes adresses de Marie-Flore pour :
- Casser la croûte : le Casse-croute Sissi et Paul (2517, rue Jean-Talon Est). Je vous recommande le kabrit avec un bon riz collé. Selon le palmarès de ma mère, Manmi Carmant, ce restaurant prépare le meilleur kabrit (après le sien!). La nourriture y est toujours bonne.
- S’exposer à ta culture : Librairie Racines (actuellement en ligne seulement).
- Faire des trouvailles mode ou déco : Shiklèt Héritage (en ligne seulement)
- Faire la fête le samedi soir : Le Maqui (6536, avenue Papineau) ou le restaurant Kamúy (1485. rue Jeanne-Mance).