Oser défier le monopole du bagel à Montréal

Publié le 23 janvier 2023

Diplômés

Restauration

« Pour être honnête, tout le monde nous a découragé d’ouvrir un bagel shop. Mais nous on était très sérieux. On savait que si on n’arrivait pas avec un bon produit tout de suite, ça ne marcherait pas. »

Diplômée de l’ITHQ en 2006 avec un DEC en gestion hôtelière, Alexandra Grenier a cumulé plus d’une quinzaine d’années d’expérience à la direction des ventes de plusieurs chaînes importantes comme Sofitel, Westin et Marriott. C’est en 2018 qu’Alexandra et son mari Damien Cussac ont lancé la fabrique de bagels Le Trou, dans Griffintown, un projet rempli d’amour ayant l’ambition d’offrir aux touristes et aux gens du quartier des bagels façonnés à la main, dans la plus pure tradition montréalaise.

Pendant deux ans, Alexandra a géré son entreprise bourgeonnante en parallèle de son poste de directrice des ventes et marketing chez Loews Hotels & Co. C’était intense, mais Alexandra se sentait à sa place. Puis 2020 a frappé, la direction du Loews a changé. Et c’est à ce moment-là qu’elle a décidé de faire le saut pour se consacrer au Trou à temps plein.

« Si la pandémie n’était pas arrivée, je ferais encore les deux, je crois. J’étais tellement passionnée, j’avais une super équipe, mais je me dis qu’aujourd’hui, je travaille aussi fort qu’avant, mais je le fais pour moi-même. »

La transition entre le milieu hôtelier et l’entreprenariat comporte bien sûr sa part de défis, mais Alexandra souligne que c’est grâce à Damien et à sa solide expérience en gestion et création d’entreprise que ce projet a pu voir le jour. Puis quand on y pense, une fabrique d’authentiques bagels montréalais, ça a tout d’une entreprise touristique; un milieu qui n’a plus de secrets pour Alexandra et au sein duquel elle a toujours gardé des contacts précieux.

« Ce qui a été le plus dur, c’est que tout d’un coup, tout repose sur toi. Quand tu travailles dans une grosse structure hôtelière, tout est écrit et il y a toujours quelqu’un qui peut t’aider. La dynamique change quand tu deviens entrepreneur : c’est toi qui mènes le show ! Mais je pense qu’une des choses qui a contribué au succès du Trou, c’est que j’ai amené beaucoup de côtés positifs de ma formation hôtelière dans mon entreprise. L’attention au service et au détail, la culture d’entreprise… j’avais envie de recréer quelque chose comme ça. »

Reste qu’ouvrir une fabrique de bagels relève presque de l’hérésie à Montréal, où l’on apprend bien vite à choisir son camp entre les géants Fairmount et St-Viateur. Les bagels, c’est du sérieux, et Alexandra, qui en est passionnée depuis l’enfance, le sait mieux que quiconque : « Ce n’est pas une mode : c’est notre identité. Mais c’est aussi pour ça qu’on s’est lancé dans le bagel. Parce que c’est là pour rester. »

Il faut avouer que Montréal est un cas particulier. Quand on pense à New York, les bagels shops ponctuent chaque coin de rue. Les fabriques de bagels à Montréal se diversifient déjà depuis quelques années et comptent de plus en plus de fans capables de faire de la place dans leur cœur – et dans leur estomac – pour un nombre illimité de bagels roulés avec amour. Serait-ce une si mauvaise idée de rendre ce fleuron de la montréalité un peu plus accessible ?

« Moi, je ne cherche pas à faire concurrence à St-Viateur et à Fairmount. Je pense simplement qu’on ajoute quelque chose de fun. Si je peux arriver en 3e place, je serai déjà au paradis. Je crois qu’il y a de la place pour tout le monde ! »

Chose certaine, Le Trou remplit bien son créneau et est vite devenu un incontournable du quartier Griffintown. La qualité de leurs bagels parle d’elle-même, et la demande est telle qu’une nouvelle succursale ouvrira ses portes ce printemps sur la rue Masson, en plein cœur du Vieux-Rosemont.

« Mon conseil pour ceux et celles qui veulent partir leur propre entreprise, c’est de s’en tenir à la simplicité. On se casse souvent la tête à vouloir faire trop de choses en même temps : de gros menus, café le matin, bar le soir… Devenez les experts d’un produit, avec une plus petite carte, plutôt que de vous éparpiller. Les projets les plus simples sont souvent les meilleurs ! »