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L’après COVID-19 – L’éducation comme pierre d’assise de la reconstruction économique au Québec

L’après COVID-19 – L’éducation comme pierre d’assise de la reconstruction économique au Québec

Une analyse de François Pageau, professeur en gestion de la restauration à l’ITHQ

Il est connu de tous. Il est réclamé par plusieurs. Il est à notre portée. Un investissement soutenu en éducation stimulera efficacement, à court comme à long terme, la relance économique de la province après la crise de la COVID-19.

Pour l’industrie du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration commerciale et institutionnelle, la formation a toujours représenté une donnée fondamentale et essentielle en termes de survie, d’évolution et de solidité. La formation est un gage de savoir-faire et de savoir-être. Elle soutient la créativité et l’énergie de la relève, et ce, génération après génération. Elle permet la transmission des traditions mais peut également s’avérer une source de «  créativité destructive », comme le suggérait l’économiste Joseph Alois Schumpeter, en 1942.

La sortie de crise de la COVID-19, prévue pour dans quelques mois, ne sera que plus forte si elle est soutenue par une main-d’œuvre compétente et outillée, apte à relever les défis de la reconstruction économique et sociale du Québec.

L’éducation au Québec

Comme l’affirme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) depuis des décennies, l’éducation contribue à l’essor économique des pays et à la qualité de vie de leurs citoyens.

À cet égard, le Québec français a longtemps souffert de sous-scolarisation. Ce n’est que lors de la Révolution tranquille, durant les années 1960 et à l’initiative de Paul Gérin-Lajoie, que la province s’est dotée d’infrastructures publiques plus élaborées et qu’elle a ainsi presque rattrapé le reste de l’Occident. Mais, en matière de diplomation, force est de constater que le Québec traîne encore de la patte.

Durant les dernières années, il a également été la scène de nombreuses difficultés touchant le monde de l’éducation, incluant le manque de valorisation de la profession d’enseignant et de la poursuite d’études supérieures.  

Un investissement profitable

L’un des moyens dont dispose l’État pour soutenir son économie est l’investissement dans l’éducation de sa population afin de la rendre davantage compétente et productive. Qui plus est, la Fédération des chambres de commerce du Québec, pourtant sensible aux dépenses de l’État, soutient les efforts investis en éducation. Les entreprises sont donc tout à fait conscientes que, financée par le gouvernement, la formation de leurs futurs employés s’avère un enjeu stratégique de grande importance.

Les progrès économiques du Québec ont souvent été liés à des mesures en éducation. Nous croyons qu’il faut prioriser la formation, à tous les âges, pour préparer les travailleurs d’aujourd’hui et de demain aux défis du marché du travail. Les enfants doivent notamment maîtriser la littératie, la numératie et la littératie numérique, afin de répondre aux exigences futures. — Stéphane Forget, MBA, ASC, président-directeur général de la FCCQ

L’aide à la formation en entreprise pendant la crise de la COVID-19

Plusieurs idées émergent en temps de crise, tels les crédits offerts aux entreprises encourageant, pendant la période de confinement, la formation des employés en attendant qu’ils puissent reprendre leur poste. Le développement de la formation en ligne pendant la crise laissera quant à elle très certainement des outils aussi précieux qu’efficaces pour promouvoir le développement de la main-d’œuvre, comme en témoigne le Programme d’actions concertées pour le maintien en emploi (PACME–COVID-19).

Ce dernier a été élaboré en collaboration avec la Commission des partenaires du marché du travail, au sein de laquelle siègent entre autres le patronat, les syndicats et le milieu de l’éducation. L’annonce de ce programme a d’ailleurs été largement saluée par le Conseil du patronat du Québec, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Le Programme d’actions concertées pour le maintien en emploi (PACME) vise à subventionner les entreprises afin de couvrir les coûts d’activité de formation et de financer la réorganisation du travail en vue de la reprise des activités. Québec rembourse 100 % des dépenses admissibles, jusqu’à concurrence de 100 000 $. Parmi ces dépenses, on compte par exemple les honoraires du formateur, l’achat de matériel et les frais de gestion des ressources humaines. – La Presse, 7 avril

Un autre exemple de formation en numérique? Le Plan d'action numérique en éducation et en enseignement supérieur, lancé par le gouvernement bien avant la crise de la COVID-19. Ce plan a pour objectif de favoriser une meilleure maîtrise des compétences numériques auprès de l’ensemble de la population, en particulier de la population active.

Il va sans dire que le fait de rendre autonome et critique la population québécoise en matière d’utilisation du numérique s’avère primordial dans le contexte actuel où les innovations technologiques transforment le marché de l’emploi, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme et de la restauration. 

Un moment clé pour redéfinir notre industrie

Une main-d’œuvre éduquée, compétente et créative pourrait aussi contribuer à la définition de nouvelles formes de restauration, d’hôtellerie et de tourisme. D’autant plus que le retour à la normale n’est pas envisageable, comme l’affirme le philosophe Alain Deneault, en entrevue à Radio-Canada. Celui-ci recommande de « ne pas trop se gargariser de slogans triomphants, du genre Tout ira bien, car, prévient-il, non, tout n’ira pas bien si on continue comme on l’a fait ».

Le professeur de philosophie de l’Université de Moncton prône une espèce de catharsis en ces temps de crise. Nous vivons un moment existentiel, mais également intellectuel, pendant lequel on peut collectivement se demander d’où on vient et où on va. Et si on abordait le problème comme un élément déclencheur nous permettant de repenser notre rapport au monde?

Il apparaît évident que l’industrie du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration doit se sentir interpellée par cette remise en question. Grâce à leur instinct de survie, les acteurs de cette industrie réfléchissent déjà à comment changer les choses et répondre à l’appel des jeunes et des moins jeunes qui réclament une meilleure symbiose entre économie et écologie. La transformation était donc déjà amorcée. Avant la COVID-19, l’économie circulaire faisait partie de la réflexion et l’achat local était dans le vent. Les préoccupations environnementales commençaient modestement à saisir tout un chacun. Enfin, les nouvelles technologies proposaient des formes de publicité innovantes et la sous-traitance de même que la robotisation se définissaient concrètement afin de répondre au phénomène criant de pénurie de main-d’œuvre.

La crise actuelle accélérera très certainement ces changements qui se généraliseront au cours des prochaines années. Souhaitons aussi un resserrement des pratiques d’hygiène dans les établissements qui produisent de la nourriture et qui servent et accueillent des clients, en particulier des personnes âgées.

Finalement, soulignons encore une fois l’importance des compétences en gestion qui auront été un élément déterminant dans la capacité des établissements THRI d’affronter la crise actuelle et son après-crise grâce, entre autres, à la gestion des liquidités, de la main-d’œuvre, de la communication et de l’exploitation des technologies et des réseaux sociaux.

Dans cette période d’incertitude, une chose reste certaine : l’éducation sera le meilleur investissement qui soit, autant pour notre industrie que pour la société. Et pour chacun des individus qui la composent.

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