Le tourisme d’affaires et d’agrément à l’heure du développement durable

Le tourisme d’affaires et d’agrément à l’heure du développement durable

Par Catherine Noppen, M. Gestion et planification du tourisme

La naissance du tourisme durable

Le concept de tourisme durable est né au début des années 1990, après que le développement durable soit apparu dans la foulée de la publication du rapport Brundtland (Notre avenir à nous tous) par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU, en 1987.

Cette dernière définissait le développement durable (DD) comme un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.

Le concept de DD s’est fait connaître du grand public en 1992, lorsqu’a eu lieu le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro. C’est également à compter de ce moment que l’on a vu apparaître la définition du tourisme durable dans un guide publié par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Cette publication, intitulée Guide à l'intention des autorités locales du développement durable du tourisme, présentait les concepts et les techniques de la planification et du développement du tourisme aussi bien que la gestion de son impact sur l’environnement et de ses effets socioéconomiques sur le plan local.

On pouvait y lire que l’environnement est la base des ressources naturelles et culturelles qui attirent les touristes. Par conséquent, la protection de l’environnement est essentielle pour un succès à long terme du tourisme.1

En 1995, une rencontre a lieu entre l’OMT, l’Unesco, le PNUE et la Commission européenne afin de créer la Charte du tourisme durable. Trois années plus tard est apparue la Charte européenne du tourisme durable dans les espaces protégés, qui préconise l’application du concept de DD selon les principes de la Charte du tourisme durable et son intégration en matière de développement touristique.

À partir de ce moment, l’intégration du concept de DD est confirmée et définie comme un développement qui repose sur des critères de durabilité; il doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique et équitable sur le plan éthique et social pour les populations locales.2

Le DD soutient l'idée qu'il est nécessaire de remédier aux insuffisances d’un modèle de développement axé uniquement sur la croissance économique et de reconsidérer nos façons de faire en fonction de nouvelles priorités. Il fait la promotion d'une activité économique redéfinie en tant que moyen au service du développement humain et social, un concept auquel adhère également le tourisme durable.

Le Symposium international sur le développement durable du tourisme, organisé en 2009 par le ministère du Tourisme du Québec et la Chaire de tourisme Transat, ESG-UQAM, proposait à ses participants un programme axé sur les grands enjeux reliés à l’intégration du DD aux pratiques de gestion dans le domaine du tourisme. Francesco Frangialli, expert international en matière de tourisme et ancien secrétaire général de l’OMT, y affirmait que :

le DD est un processus qui accompagne le développement économique. Il renforce le potentiel présent et à venir. Le tourisme d’affaires et le tourisme d’agrément sont une question de gros sous, tandis que le tourisme humanitaire est perçu comme moins rentable financièrement. En fait, c’est le plus payant en ce qui concerne le DD, car il lutte contre la pauvreté.

Nouveau champ d’études

Étant donné que plus souvent qu’autrement, le tourisme d’affaires est combiné à celui d'agrément, deux formes de tourisme complémentaires qui génèrent de fortes retombées économiques, il pourrait s’avérer intéressant de considérer comme objet d’étude et d’analyse le développement touristique durable des marchés d’affaires et d’agrément.

En préservant le patrimoine, l’histoire et la culture, et en misant sur une protection de la nature – la faune, la flore, les écosystèmes, la biodiversité et les ressources naturelles – les dimensions culturelles et environnementales du développement durable rappellent à quel point l’harmonie entre l’homme, son habitat et la nature est essentielle pour l'humanité.

Le DD : pour une répartition équitable des richesses produites

L’objectif premier de la planification dans le domaine du tourisme consiste souvent à générer des visites qui se traduisent par des retombées économiques pour un secteur précis et qui génèrent à leur tour un impact financier pour une localité ou une communauté plus large dans différents champs d’activité. 

Vu sous l'angle du développement durable, tout engagement de la part d’une entreprise, d’une organisation ou d’un individu ayant une incidence sur la société (Responsabilité sociale des organisations - RSO), devrait, dans un monde idéal, impliquer une répartition équitable des richesses produites. Les organisations non gouvernementales (ONG), les organisations sans but lucratif (OSBL) et les fondations formées d’individus militant pour des causes ou côtoyant quotidiennement la pauvreté, la criminalité, la prostitution, la malnutrition et la maladie, prendraient également part aux décisions stratégiques des entreprises touristiques et contribueraient aux solutions proposées dans le respect et l’équité des sociétés. Les produits touristiques s’adressant à la clientèle des marchés d’affaires et d’agrément pourraient ainsi devenir des vecteurs de développement importants, créer des ponts avec ces organisations à caractère social et contribuer au développement d’activités à forte implication dans les communautés locales.

Une illustration concrète de responsabilité sociale

La récente conférence du Green Industry Meeting Council (GMIC), la Sustainable Meeting Conference 2012, qui s’est tenue à Montréal en avril, est un bel exemple de responsabilité sociale. Cet événement embrassait de plus les principes de développement durable pour faire de lui-même une activité écoresponsable certifiée BNQ 9700-253 de niveau 3. 

Ses organisateurs avaient choisi de développer un projet de responsabilité sociale ( CSR Project) en partenariat avec la Tohu, un organisme sans but lucratif, en faisant créer aux délégués du congrès des cerfs-volants à partir de matières recyclées. Le résultat obtenu a permis à des enfants du quartier Saint-Michel de disposer de cerfs-volants à l’occasion de la 3e édition de l’événement international d’envolée de cerfs-volants, le 6 juin 2012. Cette activité de responsabilité sociale figurait au programme officiel de la conférence du GMIC et fut couronnée de succès, les délégués ayant apprécié s’impliquer auprès de la communauté moins favorisée de ce quartier montréalais. 

Cette façon d’innover en mettant de l’avant des activités sociales générant des retombées directes au sein des localités visitées par des touristes, permet de franchir un pas de plus dans la direction d’un développement durable appliqué au marché du tourisme d’affaires et d’agrément, et ce, même s’il s’agit d’une pratique de gestion qu’il faut encore intégrer aux modèles d’affaires d’aujourd’hui.

Le directeur général de l’organisme Vivre en ville, M. Christian Savard, donne pour sa part une définition riche de sens au développement durable et social :

un filtre d’analyse à travers lequel on doit poser les questions suivantes : Ce projet est-il soutenable sur le plan environnemental? Équitable du point de vue social?

Faisons de ces questions des priorités dans nos façons de planifier et de développer le tourisme d’affaires et d’agrément afin que nos pratiques permettent un développement touristique durable.


1Extrait de l’ ECOtourisme Magazine , [En ligne], 2010. [ www.ecotourisme-magazine.com/tourisme-durable]. (Consulté le 20 juin 2012).

2CONFÉRENCE MONDIALE DU TOURISME DURABLE DE LANZAROTE. Charte du tourisme durable, Lanzarote : Conférence mondiale sur le tourisme durable, 1995, 64 p.

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